Etre validant, une ressource indispensable pour tous

La dialectique au service de nos relations

La dialectique permet d’apprendre à reconnaître et prendre en compte plusieurs points de vue, plutôt que de se polariser sur ses seules idées et émotions personnelles. Après Hegel, la dialectique a été beaucoup répandue dans la philosophie avec Sartre, Husserl, Heidegger, Habermas, Merleau-Ponty. A se demander si toute philosophie n’est pas dialectique, art du raisonnement et de la persuasion…

Aujourd’hui, je vous invite à découvrir la dialectique sous un angle plus psychologique, non pas comme manière de raisonner intellectuellement, mais plutôt de résonner ensemble en harmonie. Une telle approche permet de mieux appréhender la réalité, et d’initier des changements par un dialogue qui rejoigne chacun dans sa réalité la plus profonde. C’est ce que propose la TCD, « thérapie comportementale dialectique.»

Développée et adaptée pour les malades aux troubles de la Personnalité Limite borderline, elle offre une vision large et systémique, qui fait écho aux méthodes collaboratives actuellement prônées en entreprise. En effet, elle replace nos comportements dans un contexte précis, et propose une confrontation dynamique à la réalité, qui vise à satisfaire nos envies et besoins personnels parfois contradictoires, dans un équilibre à trouver entre ce qu’on perd ou gagne à agir et changer.

La TCD nous enseigne la pleine conscience et la pleine présence relationnelles, en nous invitant notamment à la validation, pierre angulaire à partir de laquelle on construit et maintient une relation. C’est par la validation que nous prouvons toute la valeur que nous accordons à la relation, aussi bien avec l’autre qu’avec nous-mêmes.

La validation porte ainsi à la fois sur notre dialogue intérieur personnel
et notre dialogue verbal et non verbal avec l’autre.

La TCD est enseignée et mise en pratique dans les  modules de psychoéducation du programme international et de l’association éponyme Connexions Familiales dont je suis la présidente en francophonie. Si vous êtes concernés et intéressés, vous pouvez me contacter au 06 33 70 31 24. pour plus de renseignements.

Au-delà de cette maladie, elle est intéressante à comprendre et déployer dans tout  type de relation, ainsi que dans les modèles horizontaux et collaboratifs qui se développent au sein de nos organisations de travail.

Je me tiens à votre disposition pour vous y accompagner. Muriel Rosset
06 33 70 31 24 muriel.rosset@m-gravity.fr

Sommaire

  • Pour commencer, je vous invite à découvrir ce qu’est la validation, ce que nous pouvons valider ou non, comment faire, et par quelles formulations et phrases précises.
  • Dans un deuxième temps, nous préciserons ce qu’est l’auto-validation, qui est la forme première d’une saine estime de soi, indispensable pour agir et interagir de façon harmonieuse.

En nourrissant cette estime de soi, nous pouvons mieux reconnaître l’autre et vivre ensemble de façon harmonieuse. Ce temps de sortie de confinement et développement du télétravail, qui nous oblige à vivre plus longtemps avec nos proches, peut être une bonne occasion de s’entraîner à des relations paisibles, constructives et fécondes.

  • Enfin, et en attendant le documentaire et débat « Enquête de santé » de France 5 sur les proches aidants de malades psychiques, je vous invite à lire mon témoignage à deux voix  publié cette année : dix ans en psychiatrie, une spirale infernale,

Valider l’autre, de quoi s’agit-il ?

La validation

  • Est au centre de la communication (avec le dévoilement authentique)
  • Bâtit la confiance et ralentit la réactivité négative
  • Fait baisser la colère
  • Accentue le respect de soi
  • Est la clé pour traverser les moments difficiles dans la relation
  • Donne un sentiment plus positif de la relation tant à la personne qui donne la validation qu’à celle qui la reçoit
  • Rend possible la résolution des problèmes, le rapprochement et d’autres formes de soutien

Valider, est-ce fermer les yeux et tout accepter ?

Non bien sûr, puisque tout n’est pas acceptable. La validation ne vise donc pas nos actes mais la personne : nous avons besoin d’être validé comme personne vivante et unique.

Validez donc seulement ce qui est valide …
et sachez qu’il y a toujours des éléments valides !

Dans une relation, le premier problème n’est pas l’événement passé : c’est ce que l’autre ressent. Ainsi, ses sentiments doivent être le problème à aborder et non pas la situation. Pour ce faire, vous devez utiliser un langage émotionnel, non rationnel et critique.

Les cibles de la validation : Qu’est-ce que je dois valider ?
  • Les sentiments ou les émotions (exemple : Je vois que tu es vraiment fâché contre moi).
  • La légitimité d’un désir (Je sais que tu veux de l’argent pour décorer ton appartement parce que tu veux qu’il soit beau, mais en ce moment je n’ai pas d’argent à te donner).
  • Les croyances, opinions ou réflexions au sujet de quelque chose.
  • Les valeurs profondes à propos de quelque chose.
  • La difficulté d’une tâche (Je comprends à quel point les choses sont difficiles pour toi).
  • L’ampleur des efforts déployés par une personne pour accomplir quelque chose (Je sais que tu fais du mieux que tu peux en ce moment).
  • Les choses qu’une personne fait et qui fonctionnent pour elle (Je sais à quel point tu travailles fort pour cela et on dirait que ça donne des résultats. Tu fais beaucoup d’efforts et ta situation s’améliore).
  • Les choses qu’une personne fait pour une autre (Tu as tellement rendu service à ta grand-mère).
  • Les efforts déployés (renforcement).
Comment faire ? Pour valider, soyons tous CLEAR

51bQARYgIiL._SX372_BO1,204,203,200_ALAN FRUZZETTI, professeur associé de psychologie et directeur du Programme de recherche et de thérapie comportementale dialectique à l’Université du Nevada, à Reno, nous propose une méthode en 5 points, pour identifier et communiquer CLAIREMENT notre interprétation de ce que l’autre personne dit ou ressent. Cette méthode est indispensable pour accompagner des malades borderline, aux troubles de l’émotion labile. C’est ce que nous apprenons au sein de notre association Connexions Familiales de pairs aidants et psychiatres.

Tous les proches et professionnels qui ont suivi les modules que nous animons sur la base d’un programme international éprouvé depuis 15 ans dans plus de 20 pays sont pourtant unanimes pour dire que la méthode CLEAR est valable pour tout type de relation.

C ommuniquer votre compréhension de la situation

L égitimer les « faits » ou les réactions de l’autre

E xpliquer vos propres sentiments après avoir exprimé votre compréhension

A dmettre que la situation, les opinions ou les sentiments de l’autre existent

R especter les émotions, les désirs, les réactions et les buts

 Nous n’avons pas à être obligatoirement d’accord avec la personne ni avec ses réactions, mais nous devons admettre quand même sa façon de réagir, ou tout au moins ses sentiments. Nous pouvons reconnaître que quelqu’un est en colère contre nous sans forcément avouer avoir eu tort.

Ainsi, plutôt que de dire : « Je ne peux pas croire que tu me mène la vie dure à ce sujet, tu fais ça tout le temps! » , nous pouvons dire « Je suis désolé, je vois que tu es contrarié, que puis-je faire pour améliorer la situation? ».

Même si nous sommes persuadés d’avoir raison (or avoir raison n’est pas le but d’une relation), nous cherchons à aller de l’avant, sans rester figé comme une statue de sel vers le passé, à jouer au ping pong des arguments pour avoir le dernier mot.

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Les formes verbale et non verbale de validation

La communication ne se limite pas aux mots, elle comprend aussi les gestes, l’attitude, le langage corporel. Parfois, notre comportement est une forme de validation (ou d’invalidation) à lui seul. Par exemple, si quelqu’un est affamé, nous lui offrons quelque chose à manger. Il n’est pas nécessaire de dire « Je comprends ta douleur », mais on peut communiquer indirectement notre compréhension de la situation en nous occupant directement du besoin à combler.

On peut donc valider avec notre corps : un regard, un contact visuel et, en particulier, un toucher sont de bons moyens de communiquer notre compréhension et notre empathie. Par exemple, tapoter la main de quelqu’un, lui faire un sourire, lui donner une étreinte.

En agissant ainsi, nous augmentons nos chances de maintenir ou de favoriser le climat propice pour commencer à discuter d’une situation difficile, régler le problème et utiliser d’autres ressources et formes de soutien.

La validation fait en sorte de maintenir une relation en vie parce qu’elle rend la compréhension possible.

Concrètement, que dire et cesser de dire ?

Bon, vous ne voyez toujours pas concrètement de quoi je parle ? Ce récapitulatif que j’ai repris des fiches du programme Connexions Familiales, issu de l’association NEABPD, vous paraît trop abstrait, utopique, irréalisable ?

Je vous propose donc pour finir cette liste de phrases validantes et invalidantes, également issus du programme précité.

Vous pourrez vous-même y retrouver de multiples souvenirs de ce qui a marché ou dégénéré dans vos relations avec vos proches, et profiter de ce temps de confinement pour apprendre de nouveaux modes relationnels. Pour finir, vous pourrez également penser à votre propre validation, afin d’être un bon compagnon de vie pour vous mêmes.

PHRASES DE VALIDATIONOh la la, cela/il/elle a vraiment dû te mettre en colère.

Ça doit être frustrant d’être dans une situation pareille ! Ça doit être horrible pour toi que quelqu’un fasse cela.

C’est vraiment embêtant !

En effet, je peux comprendre pourquoi cela te rend si triste. C’est normal que cela te touche à ce point.

Quelle situation difficile.

Tu as l’air de penser que c’est très injuste et qu’on ne devrait pas te demander de faire cela.

Cela doit être très décourageant. Je suis sûr que tu es déçue.

Mince, je sais à quel point cela comptait pour toi.

Dis-moi en plus. (montrer de l’intérêt)

Je vois bien que tu es très touchée/triste/effrayée/apeurée. Moi aussi je serais touchée/triste/effrayée/apeurée.

Aide-moi à comprendre…

Qu’est-ce que je ne comprends pas ? Aimerais-tu connaître mon opinion ? Souhaiterais-tu savoir ce que je pense ?

D’accord.

Je vois bien que tu es bouleversée.

Laisse-moi t’aider. Pouvons-nous en parler ?

Je sais que tu as peur. Cela va être difficile… Et je sais que tu vas y arriver.

Comment puis-je t’aider à te sentir mieux ?

Sur une échelle de 1 à 10 (1 : je vais bien, 10 : je suis dépassée !) peux-tu m’indiquer ton niveau de stress actuel ?

Que s’est-il passé exactement ?

Cela a dû être très troublant pour toi.

J’ai besoin de temps pour y réfléchir.

Est-ce le bon moment pour parler ?

Je vois bien que c’est très important pour toi mais dans ce cas je ne partage tes opinions.

PHRASES D’INVALIDATIONSi vous voulez qu’une phrase de validation sonne « vraie », faites en sorte que cette phrase soit liée à la vérité de la situation de l’autre personne. Cette vérité est la façon dont ils se sentent dans cette situation. Lorsque vous dîtes une phrase de validation, vous ne devez pas

– tout ramener vers vous. « J’ai détesté ça quand ça m’est arrivé. »

– prendre l’avantage sur l’autre personne. « Oh, tu penses que c’est dur pour toi… »

– leur dire comment ils doivent se sentir. « Tu devrais t’estimer heureux/heureuse… »

– essayer de leur donner des conseils. « Ce que tu devrais vraiment faire est… »

– essayer de résoudre leurs problèmes. « Je vais appeler les parents de cette fille et… »

– diriger (il y a un temps pour cela, mais ce n’est pas le moment). « Je sais que tu peux faire cela… »

– faire des déclarations sur la « vie ». « Eh bien, la vie n’est pas juste… »

– juger. « Ce que tu as fait n’est pas bien… »

– revenir sur le passé. « Si seulement tu avais… »

– parler de vos sentiments. « Imagine ce que je ressens. »

– faire des déclarations sur la personne. « Tu es trop sensible… »

– justifier le comportement de quelqu’un d’autre. « Je suis sûre qu’ils étaient simplement… »

– être insultant. « Tu es une gamine. »

– raisonner ou utiliser des « faits ». « Ce n’est pas ce qui s’est passé… »

– utiliser des déclarations contenant les mots « toujours » ou « jamais ». « Tu te mets toujours dans de telles situations… »

– comparer la personne à une autre. « Pourquoi n’es-tu pas comme ta sœur ? »

– coller une étiquette à la personne. « Tu es fou/folle. »

– conseiller de couper les ponts ou d’ignorer la situation. « Ne fais pas attention à lui. »

Comprendre l’autre commence par s’accepter soi-même

Se valider soi-même est le premier pas pour mieux vivre avec l’autre.

Quand on parle de s’auto-valider, on ne parle pas de rationaliser une situation, mais bien d’arrêter de se culpabiliser et de ruminer. L’auto-validation est un moyen d’apaiser sa propre détresse et de trouver une certaine paix intérieure, en reprenant contact avec soi.

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Accepter la réalité plutôt que la nier est l’étape indispensable pour calmer notre détresse et bizarrement, la clé pour nous engager sur la voie du changement. La vie est faite de joies et de peines, il nous faut consentir aux contrariétés, car la souffrance qui fait le plus mal, c’est celle que l’on refuse. Le véritable mal, ce n’est pas tant la souffrance que la peur de la souffrance et son refus. La mauvaise souffrance n’est pas la souffrance vécue mais la souffrance représentée qui envahit l’imagination. Refuser de souffrir, c’est refuser de vivre. Or nous ne pouvons pas tout programmer dans notre vie. Nous avons donc besoin de développer notre liberté intérieure, qui passe par l’acceptation non passive des circonstances favorables ou défavorables de notre vie, la valorisation du potentiel de situation, la disponibilité à l’autre et l’implication pour trouver des solutions tournées vers l’avenir, trois clés d’analyse développées dans mon précédent article Quels regards philosophique et dialectique adopter pour mieux comprendre la complexité, notamment en situation de crise ?

Trouver son propre équilibre de vie n’a pas et ne peut pas être un but figé à atteindre, puisqu’un équilibre, par définition, ça bouge tout le temps. Dès qu’on se sent bien, content de son travail, de sa vie actuelle, de ses relations professionnelles ou personnelles, un événement ou une personne viennent rompre notre équilibre, et nous obliger à recréer sans  cesse de la nouveauté. Qui avait prévu et imaginé la crise sanitaire mondiale sans précédent que nous vivons tous ? L’équilibre est un art qui s’apprend, c’est tout simplement « lchantier de toute vie ».

Dès lors, vivre en se disant tout ce que nous aurions dû et pu faire est mortifère, et invalidant pour nous-même. S’accepter limité et imparfait, et en même temps motivé à aller de l’avant, c’est cela qui nous permet d’accepter l’autre également limité et imparfait, en ayant envie de cheminer ensemble.

Pour ceux qui peuvent et veulent prendre le temps de lire, vous pouvez retrouver sur mon site de nombreux articles et comptes-rendus de lecture et conférences pour vous faire du bien.

Vous trouverez également une illustration vécue de l’accompagnement de la maladie borderline dans mon témoignage à deux voix : dix ans en psychiatrie, une spirale infernale, pour lequel j’ai déjà publié un article sur le blog Management en Milieu de Santé.

DIX ans en psychiatrie Une spirale infernale Récit à deux voix

Dix ans en psychiatrie, une spirale infernale : récit à deux voix mère et fille

Récit témoignage de Muriel Rosset, présidente de Connexions Familiales

Retrouvez-nous sur TPL-Familles.org

Au cœur de l’actualité sur la santé mentale, parution de mon témoignage familial

Avant de retrouver les 9 propositions du récent rapport parlementaire sur la santé mentale, je vous invite à entrer dans le vif du sujet avec mon témoignage de découverte par un malade et ses parents de l’univers psychiatrique, ainsi que les informations de base sur la psychoéducation des troubles borderline de la personnalité limite, que nous accompagnons désormais avec l’association Connexions Familiales dont je suis la présidente en francophonie. Vous trouverez ensuite deux états des lieux sur la psychiatrie en France

  • le livre « psychiatrie en état d’urgence, 12 millions de français concernés »
  • une synthèse du rapport parlementaire Fiat et Wonner : ses propositions, son contexte, son analyse de la situation actuelle et de l’urgence à agir.

Comment survivre quand on est au 36° dessous ?

Mon récit à deux voix, mère et fille, est un chemin. Chemin tâtonnant de l’ombre à la lumière, du silence à la parole, de la peur à l’abandon à la providence, de l’isolement au partage. Ce chemin reste long, difficile et douloureux, pour Hélène et pour ses proches. Ce récit est aussi un appel  choisir la vie en toutes circonstances.

J’ai été hospitalisée plusieurs fois en psychiatrie après un engre­nage complexe. J’écris parce que je suis hantée par le souvenir de mon pas­sage « chez les fous ». Pas parce que les gens sont fous, mais parce qu’on devient « fou ». Je me suis sentie cas­sée physiquement, psycho­logiquement et par les autres. J’écris pour prendre une revanche sur mon passé et re-vivre, pour témoigner de la maladie psychique qui n’est pas bien acceptée. J’ai été hospitalisée très vite, mais les hospitalisations se sont déroulées très lentement. C’est-à-dire que tout est arrivé très vite, mais le temps a été long. Je vais parler de mon expé­rience. J’ai écrit de manière détachée et brute, car je ne regrette pas les passages à l’acte. Je vais essayer d’écrire au plus proche de ce que j’ai vécu. Hélène Jolly

« Face au tsunami de la déraison, le fond du fond est toujours plus profond qu’il n’y parait, toujours plus solitaire qu’on ne le voudrait. Le temps soudain s’arrête dans toute sa densité, sa beauté parfois, sa noirceur souvent, sa contention hélas : contention blanche des médecins et de la médecine, depuis la chambre d’isolement à la contention chimique des médicaments, contention noire de la maladie et du gouffre qu’elle engendre. Pourtant, il y a tant de belles choses qu’on oublie de dire dans le malheur… » Muriel Rosset

Vous pouvez nous soutenir, ainsi que tous les malades et familles concernées, en partageant cet article et commandant le livre, auprès de votre libraire ou via internet.

Borderline, une souffrance méconnue

Contrairement à ce que j’entends souvent, nous ne sommes pas tous « un peu borderline », car un peu limite quelque part, que sais-je encore… Borderline, ce n’est donc pas juste une expression de la langue franglaise, c’est réellement et officiellement une maladie psychique, qui se caractérise par

  • des troubles affectifs en yo yo fréquent : hypersensibilité, impulsivité, émotions volcaniques et lent retour à la normale,
  • des difficultés relationnelles, chaotiques et binaires, idéalisées puis diabolisées, et une grande peur de l’abandon,
  • des troubles de l’identité, avec une mauvaise image de soi et un sentiment de vide,
  • un comportement déréglé envers soi (auto-agressions et mutilations) et envers les autres (menaces, violences verbales…),
  • des troubles cognitifs face à la gestion des informations, qui impliquent des erreurs de jugement et d’appréciation, voire des phases de dissociation.

Cette maladie psychique génère pour tous beaucoup d’imprévus et de charge affective. 

Depuis mon récit commencé il y a dix ans, notre association francophone Connexions Familiales accompagne les proches et les professionnels. Nous nous inscrivons dans la lignée du programme Family Connection fondé par Perry Hofmann  avec le docteur Alan Fruzzetti. Perry, décédée à 75 ans le 4 novembre 2019, a énormément œuvré pour faire avancer la cause des personnes avec un trouble de la personnalité et nous lui devons beaucoup. Quel meilleur hommage de continuer ce qu’elle a contribué à lancer? https://www.facebook.com/NEABPD/

Une 1ère en France en psychoéducation familiale des TPL (Troubles de la Personnalité Limite) : Connexions Familiales©

Comment prendre en charge “le Trouble de la Personnalité Limite” (TPL) des malades borderline ? Muriel ROSSET nous explique

Comment fonctionne Connexions familiales ?

Nous co-animons pour les proches et professionnels des modules gratuits de psychoéducation : entre pairs et selon une méthode éprouvée depuis des années au niveau international, nous vous entraînons

  • à prendre soin de vous pour durer et pouvoir vous occuper de la personne malade, sans oublier les autres membres de la famille,
  • à accompagner la personne malade, et lui permettre de
  1. mieux réguler ses émotions et gérer efficacement ses pensées négatives, incluant les idées suicidaires,
  2. diminuer l’impulsivité, tolérer les moments de détresse en gérant efficacement les moments de crise,
  3. améliorer la qualité des relations interpersonnelles,
  4. améliorer la qualité des moments vécus, du fonctionnement global et de la qualité de vie.

Renseignements auprès de  Muriel Rosset  06 33 70 31 24.

Dix ans après la rédaction de mon témoignage à deux voix, -dix années pour laisser le temps au temps avant d’envisager une publication-, je me réjouis des avancées sociétales que j’ai pu constater : comme parent, je ne ressens plus de stigmatisation de la part de ceux que je rencontre (mais est-ce parce que nous avons appris à en parler toujours mieux ?), et j’ai parfois la chance de profiter d’une collaboration accrue avec les familles et entre les différentes équipes soignantes. Cette collaboration reste hélas variable selon les endroits. Ainsi à l’hôpital de Plaisir, les équipes distantes de quelques mètres seulement fonctionnent selon les méthodes propres à chaque directeur de pavillon. L’ Equipe Rapide d’Intervention de Crise, localisée au centre du parc de l’hôpital, ne pourra pas servir de passeur de relais avec un pavillon qui fonctionne en vase clos, même si elle a su accompagner certains malades et familles…

Soigner la psychiatrie, une urgence nationale

Le chemin de la maladie psychique reste donc encore long pour le malade et ses proches, mais aussi pour la santé mentale, comme l’a pointé un livre paru en 2018, un an avant la publication d’un rapport parlementaire sur la question.

Dépressions, troubles bipolaires, autisme, schizophrénie… Face à ces drames humains, un silence assourdissant persiste, qui dit beaucoup de la perception de la psychiatrie dans notre pays. Celle-ci se situe aux confluents de la méconnaissance, des amalgames, des préjugés, du déni, de la honte.

 

Les auteurs ont ausculté l’organisation des soins en psychiatrie qui, en cinquante ans, est passée d’un idéal d’égalité, sur l’ensemble du territoire, à un dédale dans lequel plus personne ne se retrouve, même les acteurs les plus impliqués. Ils ont voulu raconter ce système qui craque de toutes parts et engendre de la souffrance pour les malades, leurs proches et les équipes médicales.

Ce livre, rédigé en lien avec des associations de patients, dressait déjà en 2018 un diagnostic de la situation de la psychiatrie française (organisation des soins, inégalités sociales et territoriales, enjeux économiques, recherche), bâti sur les études, les récits des patients, de leurs familles et des soignants. Il pointait également d’incroyables richesses humaines, initiatives et espoirs.

La santé mentale, une priorité nationale

Le 23 septembre 2019, l’assemblée nationale a mis en avant le besoin de repenser et accompagner la santé mentale, en publiant le rapport parlementaire Fiat et Wonner. Voici comment il introduit la question :

« La maladie mentale n’est pas une maladie comme les autres. Elle éloigne du groupe social, ce qui est sa gravité majeure. Mais elle nécessite aussi l’effort du groupe social pour élaborer ce qu’on appelle une guérison » Edouard Zarifian, Les Jardiniers de la folie.

« La psychiatrie est en crise, les soignants au bord – voire pour certains déjà – en épuisement professionnel et les patients en grande souffrance. L’OMS estime qu’une personne sur cinq sera affectée au cours de sa vie par un trouble psychique.

Selon les projections du Haut conseil de santé publique (HCSP), les maladies psychiatriques pourraient augmenter de 11 % d’ici 2020. Or, elles représentent déjà la première cause d’entrée en invalidité, et, avec 22,5 milliards d’euros, le plus gros poste de dépenses de l’assurance maladie, sans compter les comorbidités qui aggravent ce poids, devant le cancer (16,8 milliards d’euros) ou les maladies cardio-vasculaires (15,8 milliards d’euros). Les pathologies mentales constituent déjà un fardeau humain, social, économique. La demande en soins psychiatriques est en constante augmentation et croît de 5 % par an essentiellement en ambulatoire.

Les causes de la crise sont multifactorielles et largement partagées avec celles de tout le système de santé : inégale répartition des moyens, désertification médicale, difficultés d’assurer la continuité et la gradation des soins, engorgement des urgences, cloisonnement entre la ville et l’hôpital, cloisonnement entre les disciplines, entre le somatique et la psychiatrie et même au sein de la santé mentale elle-même. À ces éléments s’ajoute une organisation territoriale peu efficiente, extrêmement complexe, illisible et à bien des égards peu cohérente et peu ou mal coordonnée par la puissance publique.

C’est pourquoi la mission préconise une réorganisation territoriale de l’offre de soins autour du patient, qui doit en plus être territoriale et en responsabilité populationnelle. »

A la question essentielle « l’hôpital psychiatrique, tel qu’il existe aujourd’hui en France, peut-il encore soigner les malades ? », les parlementaires répondent que « la filière psychiatrique, et en particulier la psychiatrie publique, est au bord de l’implosion, et la sur-occupation des lits est un fléau pour les patients comme pour les soignants ».

Les 9  PROPOSITIONS du rapport parlementaire

  1. Réaffirmer le libre choix et les droits du patient
  2.  Définir une politique nationale de santé mentale
  3. Déstigmatiser la psychiatrie et intégrer la santé mentale dans « Ma Santé 2022 »
  4. Créer une Agence nationale en charge des politiques de santé mentale
  5.  Renforcer le pilotage interministériel via l’évolution du Délégué à la santé mentale
  6.  Créer des coordonnateurs territoriaux en santé mentale, garants de la déclinaison de la politique nationale et du suivi de la mise en œuvre des PTSM
  7. Soutenir et développer les CLSM pour faciliter la concertation entre les tous les acteurs de proximité
  8. Organiser une véritable gradation des soins en faisant évoluer le secteur
  9. Accélérer le virage ambulatoire en redéployant 80% du personnel de l’hôpital psychiatrique sur l’ambulatoire à l’horizon 2030

Pourquoi ce rapport ?

Alerte En janvier 2019, l’Assemblée nationale a lancé une mission flash sur le financement de la psychiatrie, qui a conclu à la « nécessité absolue de refonte du modèle de financement de la psychiatrie », mais également à « réfléchir aux forces et aux faiblesses de l’organisation des soins psychiatriques en France et, plus largement, de la santé mentale ».

Information La Commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale a donc décidé de créer une mission d’information relative à l’organisation territoriale de la psychiatrie.

Auteurs Ce rapport est transpartisan, ce qui se ressent à la lecture :

  • Martine Wonner(LRM) en appelle à davantage d’ambulatoire sans conditions, dans la droite ligne du gouvernement,
  • Caroline Fiat (FI) en appelle d’abord à une augmentation des moyens pour l’hôpital public et à une hausse du nombre de lits et de personnels soignants.
  • Caroline Fiat s’exprime contre les GHT, groupements hospitaliers de territoire, réputés contraindre le financement des services hospitaliers,
  • Martine Wonner affirme que ces derniers seront rapidement à l’équilibre.

Conclusion Le rapport insiste lourdement, dès son introduction, sur le nombre de rapports déjà parus faisant état des mêmes difficultés, et donc sur la nécessité d’une réelle volonté politique.

Au final, comment va la psychiatrie en France ?

L’organisation territoriale sectorisée pose question à deux titres 

a) La prise en charge des patients est inégale

L’organisation territoriale « extrêmement spécifique » de la psychiatrie, composée de secteurs géographiques, crée des inégalités dans la qualité de prise en charge des patients, en fonction de la localisation :

  • on compte 15 000 psychiatres en France, avec des différences de densité du simple au quadruple selon les territoires, dans le privé comme dans le public.
  • la prise en charge diffère nettement d’un secteur à l’autre, selon l’orientation médicale des structures, le fonctionnement du personnel soignant, les moyens déployés, la densité de la structure extra-hospitalière.
  • le secteur a permis de développer « une psychiatrie généraliste accessible à tous sur l’ensemble du territoire », mais a « pu freiner le développement d’une expertise plus spécialisée, indispensable » à certains patients.

b) Le parcours des patients est complexe

  • Ce parcours est un « millefeuille indigeste de structures et d’acteurs », qui met en réseau des acteurs très variés (publics, privés, de la santé, l’éduction, la police, la justice, les bailleurs sociaux…)
  •  Le « cloisonnement entre les disciplines » conduit à laisser les professionnels de santé, notamment les médecins généralistes, seuls face à des problèmes qu’ils ne sont pas toujours en mesure de gérer.

Il convient donc de plébisciter l’ambulatoire face à un système saturé 

  • L’hôpital public a connu une diminution de moitié du nombre de lits entre 1990 et 2016
  • Les structures ambulatoires sont donc censées répondre à une « demande croissante », notamment les Centres Médico-Psychologiques (CMP).
  •  Les délais d’attente, particulièrement longs, conduisent les patients à se rendre directement à l’hôpital, aux urgences, où ils sont hospitalisés alors que,  « la crise aurait pu être évitée si elle avait été traitée autrement ».
  • « L’absence de structures d’aval, notamment médico-sociales, conduit à des durées d’hospitalisation beaucoup trop longues » pour des patients « n’ayant plus besoin d’un lieu de soins, mais d’un simple lieu de vie adapté à leurs besoins ».

Pourquoi il est urgent d’agir et réagir : pour les soignants, la santé publique et les patients

  • Les personnels de santé sont soumis à des  injonctions contradictoires, car le développement de l’ambulatoire va de pair avec une augmentation des soins sous contraintes, notamment du fait de l’assimilation entre santé publique et ordre public.
  • La désorganisation du système sectoriel conduit à une hausse des hospitalisations, l’hôpital restant le point de repère le plus évident.
  • Le défaut de prise en charge des patients affecte leur santé, les maladies somatiques étant moins bien prises en charge chez ces patients. Ainsi, « la réduction de l’espérance de vie des personnes suivies pour des troubles psychiques atteint en moyenne 16 ans chez les hommes et 13 ans chez les femmes ».

Les aidants sont-ils les grands oubliés du rapport ?

L’Unafam, Union Nationale des Amis et Familles de Malades Psychiques, dont j’ai repris les lignes directrices de sa synthèse du rapport parlementaire, souligne que la situation de détresse des proches n’est pas à proprement parler traitée dans ce travail parlementaire, bien que les familles soient à plusieurs reprises citées,

  • on parle d’elles comme victimes des « méandres du labyrinthe » territorial.
  • Le rapport se conclut sur une partie intitulée : « Patients et soignants en grande souffrance ».
  • Le rapport évoque la nécessité de restaurer du lien entre les professionnels, les patients et leurs familles.

Faut-il donc suivre les recommandations de ce cadre de santé :  « on ne peut pas accueillir dignement votre proche ici, prenez plutôt des jours de congés. »

J’espère que mon récit à deux voix, « dix ans en psychiatrie, une spirale infernale », vous donnera envie d’ouvrir d’autres pistes. Je serai heureuse de recueillir vos commentaires, avis et idées. Merci à tous de votre soutien, partage de cet article et de mon livre.

Chaleureusement, Muriel Rosset

Expérience patient, quelle transformation pour quelle nouveauté ?

 

Règle de St Benoît, un modèle de gouvernance collaborative inspirant pour notre temps

« Ecoute… Tu y parviendras, qui que tu sois »… De la première phrase à la dernière phrase de la règle de St Benoît, tout nous invite à redécouvrir les trésors d’une sagesse millénaire qui a fait ses preuves comme facteur important de stabilité, dans un temps marqué par des guerres incessantes…

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