Dix ans en psychiatrie, la spirale infernale

Au cœur de l’actualité, mon livre à deux voix à paraître

  • La santé mentale nous concerne tous : publication d’un rapport parlementaire qui appelle à une politique nationale et à la création d’une agence nationale de santé mentale
  • La santé mentale; une lutte à mener ensemble : malades, familles et soignants.
    Publication de mon livre à deux voix, écrit en parallèle avec ma fille Hélène, sur la traversée familiale de sa maladie psychique.
  • Synthèse du rapport parlementaire : contexte, propositions, état de la psychiatrie en France
  • Association Connexions familiales pour la psychoéducation des proches et professionnels de malades borderline aux Troubles de la Personnalité Limite. Contact Muriel Rosset, présidente : 06 33 70 31 24

1) La santé mentale nous concerne tous

Le 23 septembre 2019, l’assemblée nationale a mis en avant le besoin de repenser et accompagner la santé mentale, en publiant le rapport parlementaire Fiat et Wonner. Voici comment il introduit la question :

« La maladie mentale n’est pas une maladie comme les autres. Elle éloigne du groupe social, ce qui est sa gravité majeure. Mais elle nécessite aussi l’effort du groupe social pour élaborer ce qu’on appelle une guérison » Edouard Zarifian, Les Jardiniers de la folie.

« La psychiatrie est en crise, les soignants au bord – voire pour certains déjà – en épuisement professionnel et les patients en grande souffrance. L’OMS estime qu’une personne sur cinq sera affectée au cours de sa vie par un trouble psychique.

Selon les projections du Haut conseil de santé publique (HCSP), les maladies psychiatriques pourraient augmenter de 11 % d’ici 2020. Or, elles représentent déjà la première cause d’entrée en invalidité, et, avec 22,5 milliards d’euros, le plus gros poste de dépenses de l’assurance maladie, sans compter les comorbidités qui aggravent ce poids, devant le cancer (16,8 milliards d’euros) ou les maladies cardio-vasculaires (15,8 milliards d’euros). Les pathologies mentales constituent déjà un fardeau humain, social, économique. La demande en soins psychiatriques est en constante augmentation et croît de 5 % par an essentiellement en ambulatoire.

Les causes de la crise sont multifactorielles et largement partagées avec celles de tout le système de santé : inégale répartition des moyens, désertification médicale, difficultés d’assurer la continuité et la gradation des soins, engorgement des urgences, cloisonnement entre la ville et l’hôpital, cloisonnement entre les disciplines, entre le somatique et la psychiatrie et même au sein de la santé mentale elle-même. À ces éléments s’ajoute une organisation territoriale peu efficiente, extrêmement complexe, illisible et à bien des égards peu cohérente et peu ou mal coordonnée par la puissance publique.

C’est pourquoi la mission préconise une réorganisation territoriale de l’offre de soins autour du patient, qui doit en plus être territoriale et en responsabilité populationnelle. »

A la question essentielle « l’hôpital psychiatrique, tel qu’il existe aujourd’hui en France, peut-il encore soigner les malades ? », les parlementaires répondent que « la filière psychiatrique, et en particulier la psychiatrie publique, est au bord de l’implosion, et la sur-occupation des lits est un fléau pour les patients comme pour les soignants ».

2) La santé mentale. Une lutte à mener ensemble : malades, familles et soignants

La maladie psychique est une maladie personnelle qu’il faut affronter en famille. Comment faire ?

 

« Face au tsunami de la déraison, le fond du fond est toujours plus profond qu’il n’y parait, toujours plus solitaire qu’on ne le voudrait. Le temps soudain s’arrête dans toute sa densité, sa beauté parfois, sa noirceur souvent, sa contention hélas : contention blanche des médecins et de la médecine, depuis la chambre d’isolement à la contention chimique des médicaments, contention noire de la maladie et du gouffre qu’elle engendre. »

Pourtant, « Il y a tant de belles choses qu’on oublie de dire dans le malheur. La confiance, la patience, l’avancée vers la lumière. Je regarde mon enfant cheminer vers sa vie, je l’écoute me parler de ses projets, je la soupçonne en train de chercher et trouver sa vocation. Je vois bien que cela est laborieux. Mais ses avancées ont le goût de sa sueur, et notre amour a la valeur du temps passé ensemble, des silences et des aveux, de la parole qui se libère.(…°)

La souffrance est et sera toujours injuste, scandaleuse, inhumaine et indicible. Mais elle restera aussi ce chemin qui me mène de la mort à la vraie vie, de la révolte à l’amour, de la quête de soi au devenir en marche de notre humanité profonde. Au travers de toutes les rencontres et découvertes faites depuis des mois, je sens combien je grandis, douloureusement. (…)

Je déteste la souffrance mais je pense qu’elle forme notre âme et notre humanité. Elle ne s’explique pas, ne se justifie pas, elle se traverse, s’écoute, se dépasse. Elle m’a fait grandir en étant plus petite. Elle ne m’a pas engloutie, et si je vous livre ce témoignage si personnel et détaillé, c’est pour vous dire qu’au bout de tout chemin il y a une lumière, pour peu qu’on arrive à la voir : l’amour comme seule réponse à toutes nos questions, l’amour comme chemin de vie et d’épreuve. Les épreuves sont scandaleuses et incompréhensibles, mais elles sont les preuves vivantes de notre capacité à nous donner gratuitement. »

3) Synthèse du rapport parlementaire

9    PROPOSITIONS

  1. Réaffirmer le libre choix et les droits du patient
  2.  Définir une politique nationale de santé mentale
  3. Déstigmatiser la psychiatrie et intégrer la santé mentale dans « Ma Santé 2022 »
  4. Créer une Agence nationale en charge des politiques de santé mentale
  5.  Renforcer le pilotage interministériel via l’évolution du Délégué à la santé mentale
  6.  Créer des coordonnateurs territoriaux en santé mentale, garants de la déclinaison de la politique nationale et du suivi de la mise en œuvre des PTSM
  7. Soutenir et développer les CLSM pour faciliter la concertation entre les tous les acteurs de proximité
  8. Organiser une véritable gradation des soins en faisant évoluer le secteur
  9. Accélérer le virage ambulatoire en redéployant 80% du personnel de l’hôpital psychiatrique sur l’ambulatoire à l’horizon 2030

Contexte du rapport

Alerte En janvier 2019, l’Assemblée nationale a lancé une mission flash sur le financement de la psychiatrie, qui a conclu à la « nécessité absolue de refonte du modèle de financement de la psychiatrie », mais également à « réfléchir aux forces et aux faiblesses de l’organisation des soins psychiatriques en France et, plus largement, de la santé mentale ».

Information La Commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale a donc décidé de créer une mission d’information relative à l’organisation territoriale de la psychiatrie.

Auteurs Cette mission, présidée par le député Brahim Hammouche (MoDem – Moselle), épaulé par deux co-rapporteurs, Caroline Fiat (FI – Meurthe-et-Moselle) et Martine Wonner (LRM – Bas-Rhin), a présenté ses conclusions le 18 septembre 2019, en audition devant la commission. Ce rapport est transpartisan, ce qui se ressent à la lecture :

  • Martine Wonner(LRM) en appelle à davantage d’ambulatoire sans conditions, dans la droite ligne du gouvernement,
  • Caroline Fiat (FI) en appelle d’abord à une augmentation des moyens pour l’hôpital public et à une hausse du nombre de lits et de personnels soignants.
  • Caroline Fiat s’exprime contre les GHT, groupements hospitaliers de territoire, réputés contraindre le financement des services hospitaliers,
  • Martine Wonner affirme que ces derniers seront rapidement à l’équilibre.

Conclusion Le rapport insiste lourdement, dès son introduction, sur le nombre de rapports déjà parus faisant état des mêmes difficultés, et donc sur la nécessité d’une réelle volonté politique.

Etat de la psychiatrie en France

La mise en cause du secteur

a) Inégalité de prise en charge des patients

L’organisation territoriale « extrêmement spécifique » de la psychiatrie, composée de secteurs géographiques, créent des inégalités dans la qualité de prise en charge des patients, en fonction de la localisation :

  •  15 000 psychiatres en France, avec des différences de densité du simple au quadruple selon les territoires, dans le privé comme dans le public.
  • la prise en charge diffère nettement d’un secteur à l’autre, selon l’orientation médicale des structures, le fonctionnement du personnel soignant, les moyens déployés, la densité de la structure extra-hospitalière.
  • le secteur a permis de développer « une psychiatrie généraliste accessible à tous sur l’ensemble du territoire », mais a « pu freiner le développement d’une expertise plus spécialisée, indispensable » à certains patients.

b) Complexité du parcours des patients

  • « millefeuille indigeste de structures et d’acteurs », qui met en réseau des acteurs très variés (publics, privés, de la santé, l’éduction, la police, la justice, les bailleurs sociaux…)
  •  « cloisonnement entre les disciplines » qui conduit à laisser les professionnels de santé, notamment les médecins généralistes, seuls face à des problèmes qu’ils ne sont pas toujours en mesure de gérer.

c) Un système saturé, l’ambulatoire plébiscité

  • saturation de l’hôpital public (diminution de moitié du nombre de lits entre 1990 et 2016), mais aussi des structures ambulatoires censées répondre à la « demande croissante », notamment les Centres Médico-Psychologiques (CMP).
  •  délais d’attente particulièrement longs, qui conduisent les patients à se rendre directement à l’hôpital, aux urgences, où ils sont hospitalisés alors que,  « la crise aurait pu être évitée si elle avait été traitée autrement ».
  • « l’absence de structures d’aval, notamment médico-sociales, conduit à des durées d’hospitalisation beaucoup trop longues » pour des patients « n’ayant plus besoin d’un lieu de soins, mais d’un simple lieu de vie adapté à leurs besoins ».

d) Les conséquences

  • pour les personnels de santé soumis à des  injonctions contradictoires : le développement de l’ambulatoire va de pair avec une augmentation des soins sous contraintes, notamment du fait de l’assimilation entre santé publique et ordre public.
  • pour la santé publique : la désorganisation du système sectoriel conduit par ailleurs à une hausse des hospitalisations, l’hôpital restant le point de repère le plus évident.
  • pour les patients : le défaut de prise en charge des patients affecte leur santé, les maladies somatiques étant moins bien prises en charge chez ces patients.
  • « la réduction de l’espérance de vie des personnes suivies pour des troubles psychiques atteint en moyenne 16 ans chez les hommes et 13 ans chez les femmes ».

4) Association Connexions familiales pour accompagner les troubles borderline

Pourquoi, lorsque je parle de l’association francophone « Connexions familiales » de familles et psychiatres que je préside, me répond-on invariablement :

« ah bon, parce que borderline c’est une maladie ? Ce n’est pas juste quelqu’un d’un peu sur les bords, un peu limite ? D’ailleurs on est tous un peu limite quelque part, vous ne trouvez pas ? »

Notre association Connexions familiales anime des modules gratuits de psychoéducation des proches et professionnels de malades Borderline. Entre pairs et selon une méthode éprouvée depuis des années au niveau international, nous vous entraînons

  • à prendre soin de vous pour durer et pouvoir vous occuper de la personne malade, sans oublier les autres membres de la famille
  • à accompagner la personne malade et lui permettre de
  1. mieux réguler ses émotions et gérer efficacement ses pensées négatives, incluant les idées suicidaires,
  2. diminuer l’impulsivité, tolérer les moments de détresse en gérant efficacement les moments de crise,
  3. améliorer la qualité des relations interpersonnelles,
  4. améliorer la qualité des moments vécus, du fonctionnement global et de la qualité de vie.

Renseignements au 06 33 70 31 24

Pour plus de détails sur la maladie et sa prise en charge, voici mes articles publiés sur le Blog Management en Milieu de Santé où je suis auteure référente .

Une 1ère en France en psychoéducation familiale des TPL (Troubles de la Personnalité Limite) : Connexions Familiales©

Comment prendre en charge “le Trouble de la Personnalité Limite” (TPL) des malades borderline ? Muriel ROSSET nous explique

Muriel Rosset
06 33 70 31 24
Présidente de Connexions familiales
Coach, experte en Qualité de Vie au Travail, Qualité de Vie Globale et expérience patient

Expérience patient, quelle transformation pour quelle nouveauté ?

 

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