La liberté intérieure selon Jacques Philippe

 

Un petit livre lumineux trouvé dans une bibliothèque de rue, avec la dédicace d’une tante avouant l’offrir à chacun de ses enfants ou filleuls qui quittait le nid de la maison. Ce livre répond à une problématique que nous traversons tous :

Comment supporter les circonstances de la vie les plus défavorables ?

Pour répondre à cette question clé de toute vie privée et professionnelle, voici quelques idées à retenir de ce livre au style simple et concret, qui nous ouvre de vastes champs de liberté, cette valeur grandissante de l’histoire dont tout le monde parle, au travail, en société et pour sa vie personnelle et intime.

  • Dans « brève histoire de l’avenir », Jacques Attali ausculte la liberté individuelle assise sur le couple marché-démocratie, où la précarité n’est finalement qu’un autre nom de la liberté.
  • Dans « la liberté intérieure », Jacques Philippe nous invite à une liberté plus durable, inébranlable et féconde: la liberté de persévérer à croire, aimer et espérer.

Fausses représentations et illusions sur la liberté

  • La liberté est plus que l’autonomie, car nous sommes tous interdépendants.
  • La liberté ne peut dépendre simplement de facteurs extérieurs, au risque d’être une « liberté de supermarché » qui croit pouvoir tout obtenir de la vie, à n’importe quel prix, moment et condition.
  • La liberté du « toujours plus » est suicidaire, elle nous conduit à la mort des extrêmes dangereuses.

La liberté est dans l’acceptation non passive

  • La vraie liberté c’est celle de notre cœur : y sommes-nous à l’étroit ou non ?

    Bien souvent, nous nous trouvons à l’étroit dans notre situation, notre famille, notre environnement. Mais peut-être le vrai problème est-il ailleurs: c’est en fait dans notre cœur que nous sommes à l’étroit. C’est là l’origine de notre manque de liberté. Je ne veux pas dire qu’il n’y ait pas parfois des situations objectives à changer, des circonstances opprimantes ou étouffantes auxquelles il faille remédier pour que le cœur éprouve une réelle liberté intérieure. C’est notre cœur qui est prisonnier de son égoïsme ou de ses peurs et qui doit changer

  • La vraie liberté est d’accepter sa vie, plutôt que de croire qu’on la choisit, ce qui n’est jamais totalement possible. La révolte est amère, la résignation passive, le consentement nous transforme, il nous ouvre à la paix intérieure.

    Il est naturel et facile d’accueillir ces situations qui, sans que nous les ayons choisies, se présentent dans notre vie sous un aspect agréable et plaisant. Le problème se pose évidemment face à tout ce qui nous déplaît, nous contrarie, nous fait souffrir. Mais c’est justement dans ces domaines que nous sommes souvent appelés, pour devenir vraiment libres, à « choisir » ce que nous n’avons pas voulu, et dont parfois même nous n’aurions voulu à aucun prix. Voici donc le point que nous allons développer maintenant, et qui est d’une grande importance : qui veut accéder à une vraie liberté intérieure doit s’entraîner à accepter paisiblement et de bon gré bien des choses qui semblent contredire sa liberté. Consentir à ses limites personnelles, ses fragilités, ses impuissances. Les situations qui nous font vraiment grandir sont justement celles que nous ne maîtrisons pas.

Comment vivre en harmonie avec soi et les autres ?

  • La première chose de notre vie à accepter c’est nous-mêmes, imparfait et limité. On a longtemps critiqué le poids de la religion, mais celui de notre culture contemporaine de la réussite, des publicités et du self made (wo)man qui peut construire la vie de ses rêves est aussi oppressif et angoissant. Un couple revenu de voyage humanitaire pour des raisons indépendantes de sa volonté me confiait le mensonge de notre époque qui nous dit qu’il suffit d’oser sa vie pour être comblé. Ce couple qui avait tout osé et tout quitté en famille découvrait la réalité de toute vie : on ne peut pas tout maîtriser, tout ne se passe pas toujours comme prévu.
  • La seconde chose à accepter ce sont les autres, y compris ceux qui nous ont fait du mal. Le ressentiment nous use, il nous rend dépendant.

    Nous avons tous expérimenté aussi que le fait d’entretenir un ressentiment envers une personne nous fait perdre note objectivité vis-à-vis de celle-ci. Nous la voyons tout en noir et nous cessons complètement d’être ouvert à ce qu’elle pourrait nous apporter de positif malgré ce qui en elle nous fait souffrir

Un autre regard sur la souffrance

  • La souffrance qui fait le plus mal, c’est celle que l’on refuse, qu’on amplifie par nos représentations.
  • Or on souffre souvent plus de ce désespoir ou refus d’accepter la souffrance que de notre souffrance elle-même. On rajoute alors un mal sur un mal.
  • Refuser de souffrir c’est refuser de vivre, car la vie ne peut pas être une perpétuelle partie de plaisir, elle est parfois difficile et nul ne peut y échapper.
  • Etty Hillesum, dans une vie bouleversée

Les pires souffrances de l’homme sont celles qu’il redoute, car le grand obstacle c’est toujours la représentation et non la réalité. La réalité on la prend en charge avec toute la souffrance, toutes les difficultés qui s’y attachent – on la prend en charge, on la hisse sur ses épaules et c’est en la portant que l’on accroît son endurance.

Du moment qu’on a une vie intérieure, peu importe de quel côté des barrières d’un camp on se trouve.

Dans ce monde saccagé, les chemins les plus courts d’un être à un autre sont des chemins intérieurs. On ne connaît pas la vie de quelqu’un si l’on n’en sait que les événements extérieurs. Pour connaître la vie de quelqu’un, il faut connaître ses rêves, ses rapports avec ses parents, ses états d’âmes, ses désillusions, sa maladie, sa mort.  Notre unique obligation morale, c’est de défricher en nous-même de vastes clairières de paix et de les étendre de proche en proche, jusqu’à ce que cette paix irradie vers les autres. Et plus il y aura de paix dans les êtres, plus il y en aura aussi dans ce monde en ébullition.

Soyez simple et vivez simplement. Ne faites pas de vagues, n’essayez pas d’être intéressant, gardez vos distances, soyez honnête, combattez l’envie d’être bien vu des autres.

La liberté intérieure nous prépare à toutes les circonstances, elle nous aide à pouvoir continuer d’aimer et croire en la vie, en l’homme. L’auteur développe à ce sujet le thème du pardon, déjà abordé dans mon article « Au cœur de toute relation, le besoin du pardon« (la libération  qu’il nous apporte et comment )

Au cœur de toute relation, le besoin du pardon

Vivre de l’instant présent : ne pas le charger du passé dépassé et du futur incertain

  • Nous ne sommes pas propriétaires de notre vie et de notre temps, nous ne pouvons pas tout programmer, ni tout comprendre de ce qui nous arrive.
  • Une des conditions les plus nécessaires pour conquérir la liberté intérieure est la capacité à vivre l’instant présent. A chaque jour suffit sa peine, pas besoin d’y ajouter le remords du passé, la peur ou l’attente du lendemain.

Nous nous plaignons souvent de trop souffrir sans nous rendre compte que parfois c’est nous qui sommes un peu masochistes : comme si la peine du jour ne suffisait pas, nous y ajoutons les regrets du passé, et les inquiétudes concernant l’avenir! Pas étonnant que nous soyons écrasés… Pour que la vie devienne supportable, il est fondamental de s’exercer à ne porter que la difficulté propre à l’aujourd’hui,
Nous ne pouvons vraiment exercer notre liberté que dans l’instant présent. Nous n’avons aucune prise sur notre passé, nous ne pouvons pas y changer un iota.
Nous avons très peu de prise sur l’avenir. Nous savons très bien que, quelles que soient nos prévoyances, nos planifications et nos assurances, il suffit de peu de choses pour que rien n’aille comme prévu. On ne peut véritablement programmer sa vie, on ne peut que l’accueillir instant par instant. 

  • De même que le verbe aimer ne se conjugue qu’au présent, les transformations dont on parle tant n’ont en réalité qu’une seule marche : celle que je franchis aujourd’hui.

Finies les lamentations : mieux comprendre les deux modalités du temps

On ne peut souffrir 20 ans, on ne souffre qu’instant après instant.

Voilà pourquoi il convient de comprendre les deux modalités du temps

  • Le temps de la tête est celui qu’on compte en heures, celui qu’on programme et découpe, celui qui nous manque trop souvent parce qu’on lui court après en vain. Ce temps nous est douloureux parce qu’on veut en être propriétaire, or le temps file entre nos doigts.
  • Le temps du cœur est le temps de l’accueil, un temps comme suspendu où l’on sait être pleinement présent sans se sentir privé, celui qu’on donne gratuitement et celui qu’on reçoit gratuitement. Ce temps devient comme une communion avec la vie, il nous comble.

Au final, pour mieux nourrir cette liberté intérieure, l’espérance nous aide à croire que nul ne peut nous prendre notre vie, c’est nous qui la donnons. 

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