Quand le beau nous fait du bien, d’après Charles Pepin

Comment vivre quand ça va mal ? Je vous invite à un bref voyage esthétique et philosophique sur les rivages et dans les profondeurs de la beauté, cette beauté qui nous aide à ressentir l’harmonie et le sens de la vie, et nous permet de sublimer nos désirs.

1. Préambule

Méditation, développement personnel, thérapies, groupes de partage, anti-dépresseurs, belles rencontres, conversations apaisantes et vivifiantes… tout cela est possible, selon chacun, et selon les circonstances. Cela demande du temps, de la régularité, de l’entraînement, de la persévérance et de la patience, à une époque où nous sommes habitués à la vitesse et l’immédiateté de nos actions et interactions.

Sans renoncer à toutes ces pratiques durables que j’accompagne en coaching individuel ou collectif et formations, il existe une autre expérience accessible à tous, à tout moment. Une expérience qui peut nous guérir et nous aguerrir. Une expérience universelle, l’expérience de la beauté qui nous sauve, l’expérience esthétique, qui grandit et ouvre notre horizon car elle est gratuite, désintéressée et évidente…

Confidence pour confidence, quand j’étais jeune fille et que j’avais le blues, je m’adossais par terre contre mon radiateur et j’écoutais de la musique, des chansons souvent, qui chantaient la vie, l’amour, l’espérance, le monde, les gens, des chansons qui me faisaient vibrer, ou des musiques à déchirer le ciel et mon cœur, qui me faisaient évacuer telle ou telle colère, peine ou désespoir, mais aussi exprimer mon envie de bouger et d’avancer.

Depuis, au gré des événements de ma vie, j’ai continué de me passer et repasser ces musiques, classiques ou non, à les danser dans la nature, à écouter le ressac incessant de la mer, le souffle du vent dans les montagnes, le silence de la nature, à admirer les paysages… J’ai appris à mettre en musique et en photos les poésies qui me faisaient du bien, à dessiner les images qui m’émerveillaient, à faire vivre mon jardin au gré des fleurs rencontrées ici ou là, consciente que mon plus grand maître en la matière restera toujours Monet, qui sut si bien bâtir son jardin tel qu’il avait envie de le peindre en toute saison.

Ces expériences de nature, beauté, polyphonie des sons et des couleurs, nous les avons tous vécues peu ou prou. Savons-nous les raviver ? Pensons-nous à les revivre quand ça va mal, ou mieux encore les expérimenter pour aller bien ?

2. Quand la beauté nous sauve, comment un paysage ou une oeuvre d’art peuvent changer notre vie, d’après Charles Pepin

Charles Pepin, loin de disserter de façon théorique sur ce qu’est le beau, nous invite à un voyage, le voyage de ce que le beau nous fait en nous permettant de nous écouter, d’être à l’écoute de notre sensibilité et de notre intelligence. Car l’important ce n’est pas ce qui fait que quelque chose est beau, d’ailleurs le beau conventionnel, scolaire ou mondain n’est pas celui qui me touche. Ce qui compte le plus au fond, c’est ce que la beauté me fait, au point de m’aider à mieux vivre, à me redonner l’estime de mon être et le goût d’exister pleinement. La beauté est une magnifique expérience qui donne de la force, ravive et ranime en moi la vie.

  • Kant y voit l’accord de toutes nos facultés humaines, un accord qui nous permet de juger à coup sûr de ce que nous croyons beau et bon pour nous, sans besoin de l’expliquer.
  • Hegel y voit une révélation de vérités essentielles pleines de sens, sans besoin de les prouver.
  • Freud y voit un remède à nos conflits internes, un accès direct à notre libido sans obligation de la refouler.

Voyons avec ces trois philosophes comment accéder à cette médecine pas chère pour tous, une médecine préventive et curative, qui à défaut de guérir nos maladies peut apaiser notre corps, notre cœur et notre âme, et même nous réconcilier avec la vie.

Avec le beau je peux m’abandonner à quelque chose de plus fort, plus grand, quelque chose de l’ordre de l’inexprimable qui me parle et me dit tout ce que dont j’avais envie et besoin de vivre. Le beau est comme le temps arrêté et gravé dans un instant d’éternité.

Entrevoir l’harmonie

Kant, le philosophe de l’impératif catégorique du bien et du mal, homme rigoriste réglé comme une horloge, fut le grand penseur de la raison pure, hostile à toute spontanéité. Or voilà qu’au soir de sa vie, il s’aperçut du pouvoir extraordinaire du beau, qui dépasse tous les conflits de facultés qui avaient nourri sa critique de la raison pure et de la raison pratique.

Avec la beauté, point de conflit moral souhaitable pour atteindre le bien, point de conflit sensuel pour goûter à bon escient le bon, point de conflit rationnel pour savoir ce qui est vrai. Le beau en effet est de l’ordre du sentiment, qui laisse libre cours au « jeu libre et harmonieux des facultés humaines », me dit Kant dans sa critique de la faculté de juger. Kant avait voulu montrer qu’il nous faut vivre en partant toujours de l’universel, cet universel qui nous dicte les catégories du bien et du mal. A l’inverse, l’intuition subjective part du particulier pour m’ouvrir à une confiance universelle. Il est fenêtre sur l’absolu, rapport nouveau et esthétique au monde, plaisir pur car sans concept, sans intérêt et sans finalité, trois absences qui le rendent totalement présent.

Vivre du sens, penser avec mon corps

« Chaque expérience de beauté rappelle un paradis perdu et appelle un paradis promis », elle me restitue « la fraîcheur du matin du monde. » ( Cinq méditations sur la beauté François Cheng)

Si « ce qui s’agite dans l’âme humaine c’est la quête de sens » (Hegel), si « la forme c’est le fond qui remonte à la surface » (Hugo), pourquoi ne pas rencontrer dès maintenant le sens de façon sensuelle ? L’esthétique n’est pas seulement belle parce que c’est beau mais parce que ce qu’elle me dit est vrai, de la vérité du sens et des valeurs de mon époque, de la vérité et du prix de mon devenir arraché à la nature, qui me fait penser de manière sensible des grandes idées abstraites. Quand c’est beau, plus rien ne me semble impossible. Le beau me parle de moi, il est un miroir, il me rapproche de mon idéal.

Sublimer mes conflits intérieurs

Face à mes pulsions refoulées, seule la beauté est capable de sublimer ma violence pour m’ offrir une satisfaction de substitution, me dit Freud, qui pense que j’ai besoin de beauté pour satisfaire de manière spirituelle mes pulsions agressives et sexuelles refoulées.

Le beau est beau parce qu’il me procure une jouissance inconsciente autorisée, une énergie créatrice de vie, pour le spectateur comme pour l’artiste. « Nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité » (Nietzsche), l’art me permet donc d’accueillir le mouvement de la vie en moi sans limites, comme écho de toute ma vie intérieure, de mes humeurs et impressions, qui accepte que ça bouge en moi qui ait tellement envie de « persévérer en mon être » selon Spinoza.

La beauté me sauve comme « elle sauvera le monde » (Dostoïevski), sans pourtant chercher à rien résoudre. Parce que la beauté est polyphonique, et quand bien même elle ne résout rien, elle a le pouvoir immense de me permettre de l’aimer telle qu’elle est. En cela elle est toujours un peu bizarre… Pourtant si je suis parfois obscure à moi-même, la beauté reste claire, limpide et simple.

Accueillir le mystère: éprouver intensément la vie

Le mystère souvent effraie parce que je ne comprends pas tout et que j’ai envie de comprendre, alors qu’il me faut accepter qu’il y ait de l’inexplicable dans ma vie et que je puisse l’aimer. Aimer, c’est affronter le mystère pour de vrai. La beauté m’apprend cela, à ne pas savoir mais à être certaine d’une pure présence et à en profiter, à me faire éprouver intensément la vie. Plus le monde est beau, plus il est mystérieux, et plus il est à contempler.

La mort et la beauté sont deux choses profondes

Qui contiennent tant d’ombre et d’azur qu’on dirait

Deux sœurs également terribles et fécondes

Ayant la même énigme et le même secret.

Victor Hugo, poésies complètes tome III poème XXXIV Ave dea, moritus te salutat.

Quel que soit mon avenir, grâce au beau j’aurai vécu, il m’aura rendu vivante et durera pour toujours. La beauté m’apprend à aimer sans posséder, elle me fait goûter à la pureté de la contemplation.

Muriel Rosset, qui vous souhaite beaucoup de beauté harmonieuse, essentielle, créatrice, intense et mystérieuse. muriel.rosset@m-gravity.fr 06 33 70 31 24

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