Une seconde vie pour commencer véritablement d’exister

François Jullien est un philosophe et sinologue réputé. C’est un des penseurs actuels les plus traduits dans le monde. Loin des méthodes occidentales de planification, il nous invite à vivre le présent. Il le fait aussi bien en entreprise que dans notre vie privée. Il tient compte du potentiel de situation, et développe un art de la stratégie en management (son traité de l’efficacité).

Avec une seconde vie, il nous apprend l’art des vrais commencements. Je suis heureuse de vous les faire parcourir  en promenade guidée au travers de mes notes de lecture…

Une vie pour se mettre au monde

Cette lecture complètera mon précédent article « une vie pour se mettre au monde, s’accomplir dans notre humanité ou s’augmenter avec le transhumanisme ?« . J’y développe trois étapes vitalisantes de vieillissement, mûrissement et accomplissement.

Cette lecture, recommandée aux plus de 40 ans, n’est pas décommandée aux plus jeunes. Vous voulez comprendre le terrain de l’expérience qui se fraie en vous ? Savourer l’infime qui s’accumule et laisse opérer des fléchissements, des abandons et des confiances nouvelles ? Cette seconde vie est pour vous !

 

Couverture du livre de François Jullien : Une seconde vieDe quoi s’agit-il ?

Nous n’avons qu’une seule vie, mais nous ne pouvons la comprendre et avoir une conscience réelle de nos choix qu’après coup, avec l’expérience.

Le second temps de la vie est en fait un premier temps lucide et libre, où quelque chose approchant d’un début peut s’esquisser.

La seconde vie est un commencement, car nos débuts furent obtus ou inconscients d’eux-mêmes. Commencer à vivre vraiment, savoir ce qui compte pour nous… Tout cela demande du temps et des étapes.

François Jullien nous les fait parcourir au fil de chapitres thématiques qui s’enchaînent, s’entremêlent et se cumulent. Notre seconde vie est à cette image, même si elle n’est pas sans poser de nombreuses questions. Nous y sommes pourtant tous appelés !

Questions pour démarrer une seconde vie

  • est-ce que je saurais me détacher de ma vie précédente, enlisée en son monde, pour débuter un nouveau jour ?
  • suis-je parvenu, à ce jour, à tirer parti de ma vie passée pour ne plus répéter ma vie ?
  • puis-je la « reprendre », et commencer enfin effectivement d’ « exister» ?
  • ai-je envie de voir ce qui s’y dessine en filigrane, au-delà des apparences, de la quête de puissance et de reconnaissance qui est un leurre autant qu’un faux combat ?
  • est-ce que j’ai encore envie de vivre et durer l’amour avec cette phrase muette de chaque matin : « nous existons encore » ? ( cf mon récit poétique un lit de promesse, entre amour et amitié, pour épouser le lit de sa vie et faire de sa vie un je t’aime fidèle et ouvert au monde. )

L’intime, selon François Jullien, vient bousculer la vision traditionnelle de l’Amour, de ses éclats et de ses excès. Il est au contraire le repère d’un Autre et d’un Moi qui, ensemble, partagent l’infinie profondeur de leur être. L’enjeu de l’intime n’est pas d’être amoureux, mais davantage d’être disposé à s’engager et à se livrer à l’Autre. La particularité est à trouver ici : lorsque le Moi se livre, ce n’est pas en se donnant à l’Autre, mais bien dans un nouveau « dedans partagé ». L’Autre entre en moi, pénètre dans mes retranchements, dans ce qui m’est le plus secret pour que nous partagions l’expérience de l’Intime. Intime qui, au passage, est sans limites. Par extension, il vient ajouter une nouvelle dimension à la vie privée, bien mise à mal aujourd’hui.

Dès lors, quand je rencontre quelqu’un à qui je ne puis transmettre cela, comment lui faire signe vers cette expérience que je ne peux pas directement lui communiquer ?

« Cette interrogation ; il est vrai, on peut la maintenir au niveau de l’actuel marché du développement personnel et du bonheur, en vue de s’y rassurer à moindre frais. On peut la garder dans le cadre des banalités bien rabotées de la sagesse, y quêtant une résignation plus ou moins enjouée. Mais on peut aussi vouloir l’affronter philosophiquement pour y chercher une issue plus audacieuse, autant dire qui soit inventive. Ce que je proposerai ici en développement le concept de seconde vie. »

Comprendre enfin la vie

Pour comprendre enfin la vie, la vivre mieux et même la vivre tout court, nous avons besoin de sécurités. Ces sécurités, nous les cherchons souvent dans des certitudes, des vérités. Or contrairement à ce que nous faisons si souvent et si maladroitement, la vérité qui va m’aider à exister ne se démontre pas, ne s’argumente pas, elle s’accueille par décantation, jusqu’à ce que je ne me contente plus de la comprendre intellectuellement, mais qu’enfin elle me parle de façon personnelle, ajustée à moi et à ma vie.

Cela est rendu possible quand j’ai conscience de ma finitude, et qu’au lieu de fuir en avant je me mets à habiter un présent revisité. C’est cela la seconde vie, la vie qui apprend à mourir non pas pour mourir mais pour vivre.

Comment bien vieillir avec lucidité ?

Cela vient quand j’accepte le vieillissement comme possibilité d’exister, de sortir de moi.

Je peux y parvenir avec l’expérience. Qu’est-ce que l’expérience au fond ? Agir et m’agiter à tout va? Ou récapituler et cumuler les leçons du passé, les leçons de la vie et de MA vie ? Ces leçons se trouvent d’abord en moi, et seulement partiellement dans les livres ou vies des autres.

Cela demande à ce que je sois lucide, ce qui n’est pas facile. En effet, la lucidité ne s’obtient pas avec la volonté ou la connaissance de recettes magiques. Le commerce du bonheur et du développement personnel n’y répondent pas véritablement. Et les bonnes résolutions de début d’année n’y suffisent pas !

La lucidité, je ne peux ni l’acquérir ni la transmettre. Je peux seulement la laisser venir malgré moi et malgré mes désirs toujours désireux de s’échapper vers autre chose. Elle vient au travers de vérités négatives, des vérités de retrait et de silence. Je les savais mais ne voulais pas les savoir. J’étais encore trop jeune, je voulais résister au réel, trouver ma place, changer le monde. La lucidité est ce mélange subtil d’abandon et de collaboration aux difficultés de la vie. C’est cela la philosophie, voir ce qui est sous mes yeux, si proche que je ne le vois pas ou n’ai pas voulu le voir plus tôt.

Aimer toujours

Pour autant, ce « vieillissement » n’a rien de négatif, désespéré ou passif, au contraire : dégagé de faux fuyants, de paraître et d’obstination têtue et aveugle, il gagne en légèreté et aisance naturelle.

C’est tout le cheminement du second amour qui s’éclaire, un second amour qui peut même être le premier, le seul et unique, sans cesse revisité et entretenu. Ni possessif ni emphatique, il n’a plus besoin de se démontrer, pas besoin non plus de se chercher ailleurs dans un illusoire perpétuel recommencement. Cet amour d’intimité est rarement filmé et décrit, car il se tisse d’invisible et d’infini, il se vit dans la contemplation du visage de l’autre qui devient le visage de l’infini de la vie. Il se nourrit d’émerveillement face de ce qui est déjà là depuis toujours, et de gratitude devant tout le chemin tracé et jamais fini.

Vient alors le temps du présent, celui de la relecture. Je n’ai plus besoin de tourner les pages d’un livre pour connaître la suite. Je prends le temps, le bonheur et le plaisir de savourer chaque page, chaque moment, bref de demeurer là où je suis pour vivre enfin.

Pouvoir enfin un matin, quand on tire le rideau de sa fenêtre, qu’on regarde la maison d’en face et la rue, commencer de voir se lever, du fond même de la nuit, ce que peut être un matin. Un matin de plus, mais émergent du monde, tout en procédant du monde, et tel qu’on ne l’avait encore jamais aperçu p 184 185

A votre disposition pour vous accompagner à oser cet émerveillement ! A votre service pour vous permettre de découvrir et déployer vos talents au service des autres.

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